Le Sommeil par Jean-Yves CHAUVE Bien dormir tout en naviguant est sans doute une des difficultés majeures de la vie en mer. Les coureurs connaissent bien ces difficultés. En croisière, le problème est moins crucial, même s'il faut un courage indéniable pour se lever à trois heures du matin et prendre la barre, dans le froid et sous les paquets de mer. Ces quarts de nuit, en opposition avec les rythmes chronobiologiques qui font de la nuit une période de repos, resteront de toute façon toujours difficiles. Les études menées avec les coureurs au large ont montré qu'il existe 2 périodicités principales de sommeil fractionné. Les périodes de sommeil de 15 à 30 minutes qui sont de véritables " concentrés de sommeil " et des périodes d'1h30 à 2 heures qui correspondent à la durée moyenne d'un cycle de sommeil. Selon les conditions, les coureurs utilisent l'une ou l'autre des durées. Le sommeil ultra-court de 15 à 30 minutes n'est possible que si l'on présente une dette importante de sommeil lié à un stress consécutif à une situation inhabituelle. C'est l'exemple classique de l'automobiliste qui à 3 heures du matin, sentant qu'il ne peut plus résister au sommeil, s'arrête sur l'aire de repos la plus proche. Appuyé sur le volant ou allongé, il va tomber dans le sommeil tout en subissant le stress persistant de la conduite, les bruits des camions, les reflets des phares et l'inconfort du siège. Généralement, le sommeil ne va pas dépasser une demi-heure, avec au réveil la sensation d'avoir bien dormi. Ce sommeil flash est possible et efficace si l'on est très fatigué, si l'on s'endort au moment où on a le plus sommeil et si l'on arrive à se détendre. Le sommeil fractionné d'1h30 à 2 heures est plus classique. Il peut d'ailleurs se doubler en sommeil de 3 à 4 heures qui correspond à la durée classique d'un quart. Pour s'endormir facilement et avoir un sommeil de qualité, il faut, quand c'est possible, tenter de conserver son rythme circadien. Nous ressentons souvent, dans la journée, des moments de fatigue avec des bâillements, une léthargie et un manque de concentration. Ces moments correspondent à des " portes d'entrée du sommeil ", véritables demandes de repos de l'organisme. Ce sont des moments privilégiés qu'il faut détecter pour s'engouffrer dans le sommeil. Mais ces moments varient selon les individus. Les personnes dites " du soir ", qui restent en forme loin dans la nuit, subissent ces demandes de sommeil beaucoup plus tard que " celles du matin " qui ont besoin de se coucher tôt. En mer, il faut tenter de garder ces rythmes en attribuant les quarts de début de nuit aux personnes " du soir " et les quarts de fin de nuit à ceux " du matin ". Le début d'après-midi est également une période très propice au sommeil. En croisière, le sommeil ultra-court est réservé aux conditions difficiles : navigation en équipage réduit, mauvais temps, zone de trafic intense. Ce sommeil de l'extrême ne peut se prolonger au delà de quelques jours. Le sommeil fractionné avec des périodes de sommeil de 3 heures est le plus souvent pratiqué. En respectant les principes énoncés plus haut, on peut s'assurer de six heures de sommeil de qualité. C'est une durée quotidienne tout suffisante pour récupérer. L'idéal sur une croisière assez longue est d'organiser des quarts à heures fixes, bien préférables aux quarts dits " tournants " pratiqués dans la marine nationale. Pour s'adapter à ce rythme, il est essentiel d'éviter les excitants comme le café et l'alcool. La barre énergétique riche en sucres rapides que l'on prend pour se donner un " coup de fouet " est une hérésie. Les sucres rapides favorisent en effet l 'endormissement. Un sandwich jambon-beurre est bien préférable. Enfin, il faut prendre le temps de bien se réveiller avant de monter sur le pont. Un manque de vigilance peut avoir parfois des conséquences dramatiques. Jean-Yves CHAUVE
Le sommeil METEO
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